Idées

Designer partout, designer nulle part. En 2021, qu’est-ce qu’un designer ?

La fascination pour le mot “design” durant les dernières décennies ne semble pas avoir aidé à le définir plus clairement. Au contraire, la multiplication des intitulés de postes comprenant le terme “designer” et mélangeant diverses disciplines accentue la confusion. On observe aussi l’application de méthodologie “design” dans des espaces et domaines complètement dépourvus de designers de formation. Alors, si en 2020 nous sommes tous devenus “un peu” designer, qu’est ce qui définit vraiment un designer ?

Les métiers du design

Graphic Designer, Web Designer, UI Designer, UX Designer, Product Designer, Service Designer… dans le domaine du digital, les intitulés de poste “made in Silicon Valley” se multiplient chaque année. Comme un effet de mode, ils sont d’abord inconnus, puis reconnus, et enfin galvaudés, laissant le sentiment amère aux principaux intéressés d’être souvent incompris. Qu’ils représentent des spécificités de métier ou regroupent un ensemble de disciplines, les délimitations de ces intitulés sont flous. Si certains tentent de les rationnaliser, les titre de designer font débats — entre designers — et finissent par devenir des memes.

Ces évolutions sémantiques ne représentent pas autant l’évolution des métiers du design que l’évolution de la perception du design. Si d’un point de vue anglo-saxon, la notion de design a toujours été liée à la planification et l’élaboration en prévision de la fabrication d’un objet, dans la langue française, le design représente l’aspect visuel d’un objet et son harmonie dans un ensemble. C’est l’Américain Tim Brown (et derrière lui tout IDEO) qui en popularisant la notion de Design Thinking a étiré la compréhension du design au delà de la forme et de la fonction.

Le “petit” design — selon Brown, est celui qui se réduit à un outil marketing qui permet de rendre les formes plus attractives et les usages plus fluides. Il répond à des notions d’esthétique, d’image et d’effet de mode. A contrario, le design noble n’est pas seulement un résultat, mais une approche globale, le design thinking, qui permet de résoudre de manière innovante des “wicked problems”.


Du Design Thinking au Design Doing

“Design used to be the seasoning you’d sprinkle on for taste; now it’s the flour you need at the start of the recipe”. — John Maeda

Le Design Thinking à pour fondement une vision où l’innovation se trouve à l’intersection de 3 notions : la désirabilité — l’étude et la compréhension d’un besoin, la faisabilité — la compréhension technique d’un projet et sa mise en production, et la rentabilité — la mise en place d’un business modèle viable pour l’ensemble du projet.

Qu'est ce qu'un designer en 2020 ?

Dans cette vision d’un projet, le design de forme tel qu’exprimé précédemment n’est qu’une sous-partie de la désirabilité — qui englobe en plus de la notion d’esthétique et d’usabilité, celle d’utilité et d’expérience. Dès lors, le designer doit étendre son champ de compétences à divers domaines.

Les sciences humaines et la psychologie sont les premières à entrer en jeu. En France, on substitue le terme d’ergonome d’IHM (Interaction Human Machine) à celui d’UX Designer. Les ethnographes rejoignent les agences de design pour devenir Design Researcher. Parallèlement, la formation de designer évolue. Désormais, on dispense des cours de neuro-sciences dans les écoles de design.

D’un point de vue technologique, la limite des compétences attendues d’un designer sont un débat constant. “Les designers doivent-ils apprendre à coder ou non ?” est LA question sans réponse unanime de ces 20 dernières années. Plus largement, de nouvelles technologies (interface vocal, chatbot, machine learning,…) n’ont peu ou plus d’interface visuel. Mais la notion de design résiste à l’absence de pixels. Ainsi on peut entendre parler de “design de conversation” (faisant appel à des compétences de rédaction) ou encore de “design d’algorithme”. Par exemple, Jamie Myrold, en charge du développement de Sensei à Adobe, décrit son équipe comme un regroupement de designers au parcours d’ingénieurs et sans attache particulière avec l’aspect purement visuel.

Enfin, le design joue un rôle de plus en plus grand dans l’aspect opérationnel des projets. Les agences de “conseil créatif” se multiplient et se font tour à tour racheter par les grands groupes de conseils à l’échelle internationale (Fjord/Accenture, VeryDay/McKinsey) et nationale (Nealite/Pwc). De manière générale, il est de plus en plus courant de parler d’association stratégie et design. Le terme de Design Leadership émerge alors que l’on appelle les designers à prendre place au conseil d’administration.


Être ou ne pas être… designer

“Design is too important to be left to designers”.— Tim Brown

Si l’on doit au Design Thinking d’avoir simplifié le design au travers d’une méthode, il est aussi hélas quelque peu responsable de l’idée selon laquelle il suffirait d’appliquer une méthode pour devenir designer. Et selon laquelle les designers seraient capables, par leur manière de penser, de se substituer aux psychologues, rédacteurs, développeurs et conseillers en stratégie.

Cela est en grande partie dû au fait que 2 typologies de compétences sont mélangées : d’un côté les “hard skills” (produire un visuel, écrire un business plan, développer un algorithme) et de l’autre les “soft skills” (l’empathie, la capacité de synthèse, la curiosité, la communication). Or, l’un ne peut se substituer à l’autre et la recherche de profils hybrides ou de en T (posséder une expertise poussée et un ensemble de compétences complémentaires) reste davantage théorique que pratique, car une personne, designer ou non, ne peut à elle seule regrouper l’ensemble de ces compétences.

Aussi, cet équilibre n’est pas à chercher dans une personne, mais dans une équipe. La manière dont nous collaborons, communiquons et travaillons ensemble est la clé de la réussite pour un projet (matériel ou immatériel) bien désigné. Le véritable enjeux de demain ne sera pas de définir si tel ou tel compétence nécessite le titre de “designer”, mais de continuer le travail plus profond de dé-silotage des compétences au sein des entreprises.

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